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73 % des femmes utilisent l’IA au travail, 18 % ont été félicitées pour ça
Les femmes qui utilisent l’IA sont moins encouragées, moins reconnues, et perçues comme moins compétentes que leurs homologues masculins, à usage identique. Ce ne sont pas des biais nouveaux, c’est un terrain nouveau.
Par Cécile Carimalo,

73 % des femmes utilisent l’IA au travail. 18 % ont été félicitées pour cela, contre 27 % des hommes. Ces chiffres viennent de l’étude Lean In sur les femmes et l’IA au travail, et ils disent quelque chose que je vis de l’intérieur.
« Je ne suis pas geek »
La première chose que je dis à mes clients, c’est « je ne suis pas geek ». Deux ans à fond sur l’IA, un millier d’heures de formation, d’expérimentation et de lectures, des dircoms accompagnés chaque semaine, une certification. Et je ressens encore le besoin de placer cette précaution. Je me fatigue moi-même.
J’ai beau être consciente du formidable atout d’avoir été communicante pendant vingt-cinq ans puis de m’être intensément formée à l’IA, je continue de penser qu’il me reste mille choses à apprendre chaque jour. Pourquoi ? Parce qu’en bonne fille, j’ai toujours l’œil rivé sur ce que je ne sais pas encore faire, sur ma marge de progression. Avec l’IA, on touche à un puits sans fond, et ce réflexe devient un handicap permanent.
Ce que l’étude documente
L’étude Lean In met des chiffres sur cette posture. Les femmes qui utilisent l’IA sont moins encouragées par leurs managers. Elles sont moins reconnues pour leurs efforts. Des recherches publiées en 2025 ont même montré qu’elles sont perçues comme moins compétentes que leurs homologues masculins, à usage strictement identique. Le même prompt, le même résultat, un jugement différent selon qui l’a produit.
Ce ne sont pas des biais nouveaux. Ce sont les mêmes que l’on documente depuis des décennies sur les prises de parole, les augmentations, les promotions. Ils s’appliquent à un terrain nouveau, avec des conséquences directes sur les salaires et les carrières de demain, parce que l’IA est en train de devenir un critère d’évaluation.
Pourquoi cela concerne les directions de la communication
Les métiers de la communication sont très féminins. Si la reconnaissance des usages de l’IA se distribue de façon biaisée, ce sont nos équipes qui en paieront le prix : des collaboratrices qui utilisent l’IA sans le dire, qui ne demandent pas de formation par peur de paraître dépassées, qui laissent des collègues masculins porter les projets visibles.
Une dircom peut agir concrètement. Nommer les usages : qui a construit quoi, avec quel résultat. Former tout le monde, pas seulement les volontaires. Valoriser publiquement les expérimentations, y compris ratées. Et surveiller ses propres réflexes d’évaluation, parce que le biais ne prévient pas.
On dit parfois…
On dit parfois que les femmes devraient avoir la confiance en elles d’un homme médiocre. Depuis que j’évolue dans le milieu de l’IA, je le ressens plus que jamais. Les plateaux, les posts, les « experts » : la confiance y est très inégalement distribuée, et rarement proportionnelle à la compétence.
Alors je veux saluer toutes les femmes qui m’entourent et qui ont pris le taureau de l’IA par les cornes. Vous êtes brillantes, vous êtes courageuses, vous êtes futées. Ne lâchez rien.
Et si vous encadrez une équipe : la prochaine fois qu’une collaboratrice vous montre ce qu’elle a fait avec l’IA, dites-le lui. À voix haute. Devant les autres.