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Achetez du discernement, pas des baguettes magiques
Personne ne peut couvrir tout le territoire de l’IA, et un expert IA ne connaît pas votre métier. D’où la cartographie : l’inventaire honnête de vos tâches, vos outils et vos réflexes avant de choisir quoi que ce soit.
Par Cécile Carimalo,

Être dircom ne fait pas de vous une graphiste, une conceptrice-rédactrice ou une animatrice de séminaire. Vous l’avez expliqué mille fois à votre direction générale, qui confond volontiers la fonction communication avec la production de supports. Avec l’IA, c’est exactement le même malentendu, dans l’autre sens.
Personne ne couvre tout le territoire
Personne ne peut couvrir tout le territoire de l’IA, et c’est normal. Même les experts qui y passent tout leur temps sont dépassés par le rythme et la variété des nouveautés, chaque semaine. Les modèles changent, les fonctionnalités apparaissent et disparaissent, les outils fusionnent. Vos chances de trouver un professionnel capable de comprendre et de traiter l’ensemble de vos besoins sont infinitésimales.
Difficulté supplémentaire : être expert en IA ne veut pas dire connaître, ni même comprendre, les métiers de la communication. Un excellent technicien vous proposera d’automatiser la revue de presse sans savoir pourquoi vous la lisez, ou de générer des posts sans avoir jamais géré une crise sur les réseaux. La solution sera propre, et à côté du sujet.
La cartographie, avant tout
C’est pour cette raison que je propose d’abord aux dircoms que j’accompagne un travail de cartographie. Pas une démonstration d’outils, un inventaire.
L’inventaire des outils autorisés dans l’entreprise, parce que la meilleure solution du monde ne sert à rien si l’informatique l’interdit. L’inventaire des tâches quotidiennes et saisonnières, des livrables récurrents, des réflexes de travail, du fonctionnement avec l’équipe et avec les agences. Ce que l’on fait vite et bien, ce que l’on repousse toujours, ce qui coûte du temps sans apporter de valeur.
Cet inventaire permet trois choses. Identifier les impasses auxquelles l’IA ne pourra rien : un problème de gouvernance ne se résout pas avec un assistant. Repérer les tâches automatisables, celles qui se répètent à l’identique et suivent des règles claires. Et surtout, trouver les tâches pour lesquelles un assistant sur mesure pourrait tout changer, celles où le gain n’est pas seulement du temps, mais de la qualité et de la sérénité.
Cet inventaire honnête, ancré dans la réalité du métier, est la clé d’une utilisation efficace de l’IA.
Le discernement comme critère d’achat
Quand vous choisissez qui vous accompagne, ou quel outil vous déployez, le critère n’est pas la puissance promise. C’est la capacité à dire non. Non, cette tâche n’est pas un problème d’IA. Non, cet outil ne vous servira pas avant six mois. Non, ce n’est pas la peine d’automatiser ce qui devrait disparaître.
Un prestataire qui dit oui à tout vous vend une baguette magique. Il vous laissera avec des licences, des prompts orphelins et une équipe qui n’a pas changé. Quelqu’un qui connaît votre métier commencera par vous écouter décrire une semaine ordinaire, et vous dira où l’IA rend service, où elle est inutile, et où le vrai sujet est ailleurs.
Achetez du discernement, pas des baguettes magiques. C’est plus long, moins spectaculaire, et c’est la seule chose qui tienne dans le temps.