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AI Fluency : les quatre compétences qui font les communicants bilingues IA
Les communicants qui progressent le plus vite avec l’IA ne sont pas les plus techniques. Ce sont ceux qui savent briefer, questionner et évaluer. Anthropic a nommé cela l’AI Fluency et l’a résumé en quatre D.
Par Cécile Carimalo,

Depuis un an, j’observe une chose qui contredit le discours ambiant. Les communicants qui progressent le plus vite avec l’IA ne sont pas nécessairement ceux qui connaissent le mieux les plateformes ni la technique. Ce sont ceux qui savent le mieux briefer, questionner et évaluer un contenu.
Anthropic, la maison mère de Claude, a formalisé cette intuition et l’appelle l’« AI Fluency » : l’art de devenir bilingue IA. Ils en ont fait un cours gratuit, en ligne, que je recommande à toutes mes clientes. Il ne s’agit pas de maîtriser la technique, mais d’apprendre la grammaire de l’IA. Cela tient en quatre compétences, les 4D.
Délégation : décider ce qu’on confie et ce qu’on garde
La première compétence n’a rien de technique. C’est un choix. Qu’est-ce que je confie à l’IA, qu’est-ce que je garde pour moi, et pourquoi ? La tentation est de tout automatiser parce que c’est possible. La bonne pratique est de réfléchir avant de se précipiter sur le clavier.
Une dircom qui délègue bien sait que le premier jet d’un communiqué peut partir à l’IA, mais que l’angle, la phrase que la presse reprendra et le choix du porte-parole restent chez elle. Elle sait aussi que certaines tâches ne doivent jamais être déléguées, parce qu’elles engagent la relation : l’appel au journaliste mécontent, le mot au collaborateur en difficulté. Déléguer, c’est d’abord savoir ce qui fait la valeur de son métier.
Description : briefer l’IA comme on rédige un bon brief
Vous avez passé votre carrière à peaufiner des briefs pour vos agences. Contexte, objectif, cible, ton, contraintes, exemples de ce qu’on veut et de ce qu’on ne veut pas. Le prompting n’est pas une science mystérieuse, c’est du briefing. Exactement le même exercice, avec un destinataire plus rapide et plus littéral.
Les communicants qui « n’y arrivent pas » avec l’IA sont presque toujours des communicants qui lui parlent comme à un moteur de recherche, en trois mots. Ceux qui obtiennent des résultats la briefent comme un prestataire : un paragraphe de contexte, un objectif clair, une consigne de forme, un exemple. Le jour où l’on réalise que l’on sait déjà faire cela, la moitié de l’intimidation disparaît.
Discernement : évaluer les réponses avec un œil critique
L’IA répond toujours, avec assurance, y compris quand elle se trompe. La troisième compétence consiste à ne pas avaler le premier résultat. Vérifier un chiffre, une citation, une date. Repérer la formule plate, le cliché, la fausse profondeur. Sentir que le texte « sonne IA » et savoir pourquoi.
Là encore, les communicants partent avec un avantage. Le fact-checking, la relecture, l’œil pour la nuance et le faux pas de ton : c’est notre métier depuis toujours. L’IA ne nous demande pas une nouvelle compétence, elle nous demande de l’appliquer à une nouvelle source, plus prolifique et plus sûre d’elle que toutes les précédentes.
Diligence : utiliser l’IA de façon responsable
La quatrième compétence est celle dont on parle le moins et qui protège le plus. Quelles données puis-je mettre dans cet outil, et lesquelles jamais ? Ce contenu généré, à qui appartient-il, et qui en est responsable ? Quelle est l’empreinte environnementale de mes usages, et laquelle est justifiée ? Dois-je dire que ce texte a été produit avec une IA, à qui, quand ?
La diligence, c’est la vigilance appliquée à soi-même. Elle ne freine pas l’usage, elle le rend défendable devant un ComEx, un client, un journaliste ou un collaborateur inquiet.
La bonne nouvelle pour notre métier
Relisez les quatre D. Décider ce qu’on délègue, écrire un bon brief, évaluer un contenu avec recul, agir de façon responsable. Ce sont quatre compétences que les communicants mobilisent depuis toujours, bien avant l’IA. Nous avons été formés à cela, nous le pratiquons chaque jour, et nous l’enseignons à nos équipes.
Si un métier est calibré pour devenir bilingue IA, c’est bien celui de la communication.
Cela ne veut pas dire que c’est facile, ni que cela se fait sans apprendre. Cela veut dire que le point de départ n’est pas la technique, et que vous êtes beaucoup moins loin que vous ne le pensez. Laquelle des quatre compétences vous semble aujourd’hui la moins exercée dans votre équipe ?