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Articles · Opinion

Après les bullshit jobs, le workslop

Le monde corporate a toujours su produire du mou, du tiède, du dispensable. Avec l’IA, il peut le faire à l’échelle industrielle. Ou choisir l’inverse : un sparring partner exigeant. Le pilote, c’est vous.

Par Cécile Carimalo,

Après les « bullshit jobs », voici le « workslop ». Le mot désigne ces contenus produits par l’IA qui ont l’apparence du travail, la longueur du travail, le vocabulaire du travail, et aucune de ses qualités : des notes que personne ne lira, des synthèses qui ne synthétisent rien, des mails de trois paragraphes pour dire oui.

Une vieille tradition, un nouvel outil

S’il y a bien une chose sur laquelle on peut compter, c’est la capacité du monde corporate à produire du mou, du tiède, du dispensable. Cela ne date pas de l’IA. Les présentations de quarante slides, les comptes rendus qui reformulent l’ordre du jour, les mails « pour information » existaient bien avant.

Ce qui change, c’est l’échelle et le coût. Produire du vent demandait autrefois du temps humain, ce qui en limitait naturellement la quantité. Aujourd’hui, si vous voulez utiliser l’IA pour produire du vent, aucun doute, vous y arriverez, et en volume. Le workslop est le nom de cette abondance : du contenu qui déplace la charge de travail vers celui qui le reçoit et doit démêler ce qui compte.

Pour une direction de la communication, le risque est double. En interne, des équipes noyées sous des documents que l’IA a rendus faciles à produire et impossibles à lire. En externe, une marque dont la voix se dilue dans des textes passe-partout que n’importe quel concurrent aurait pu publier.

La bonne nouvelle

La bonne nouvelle, c’est que l’inverse est tout aussi possible. Si vous rêvez d’un sparring partner de haut niveau, d’analyses approfondies et d’échanges qui stimulent, l’IA sait le faire aussi. Oui, vraiment. La même machine produit du remplissage ou de la pensée, selon ce qu’on lui demande et la façon dont on le lui demande.

Gabriel Dabi-Schwebel l’explique bien : avec l’IA, le pilote, c’est vous. Il n’y a pas de baguette magique, juste de la technique et de la clarté. Un brief précis, un contexte fourni, une exigence formulée, une relecture critique. Ce que vous mettez dedans détermine ce qui sort. Comme aime le répéter ma poétesse corporate préférée, Marilise Marcantonio : « Shit in, shit out. »

Trois réflexes contre le workslop

Demander court. Une IA non contrainte remplit ; une IA contrainte va à l’essentiel. « En trois lignes », « en une phrase », « uniquement les décisions » sont des consignes qui sauvent des heures de lecture à vos destinataires.

Relire comme un lecteur, pas comme un auteur. Avant d’envoyer un texte produit avec l’IA, poser une question simple : si je le recevais, est-ce que je le lirais jusqu’au bout ? Sinon, couper.

Exiger de la pensée, pas du volume. Demander à l’IA de contredire votre plan, de trouver la faille de votre argumentaire, de proposer trois angles que vous n’avez pas envisagés. C’est là qu’elle devient un partenaire plutôt qu’une imprimante.

Avec l’IA, le pilote c’est vous. Pas de baguette magique, juste de la technique et de la clarté.

La question à se poser n’est pas « combien de contenus l’IA peut-elle produire pour nous ? ». C’est « combien de contenus méritent d’exister ? ». Le workslop commence exactement là où l’on cesse de se la poser.

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