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Ce que m’ont appris dix accompagnements de dircoms
Je m’attendais à parler feuilles de route, budgets et conduite du changement. Je me suis retrouvée à montrer quel bouton appuyer. Retour sur trois mois d’accompagnements individuels, et sur ce qu’ils disent du métier.
Par Cécile Carimalo,

En trois mois, j’ai accompagné individuellement une dizaine de directrices et directeurs de la communication dans leur découverte de l’IA. Je m’adresse à des décideurs, je m’attendais donc à parler avec eux de feuilles de route, d’organisation, de productivité, de budgets et de conduite du changement. Ce n’est pas ce qui s’est passé, et c’est instructif.
Trois choses qui m’ont frappée
Ils sont intimidés. « Je n’y connais rien. » « Je fais tout de travers. » « Je ne suis pas geek. » Des professionnels qui gèrent des crises médiatiques et des budgets à sept chiffres se présentent à l’IA en s’excusant. L’intimidation n’a rien à voir avec la compétence : elle vient d’un discours ambiant qui laisse croire qu’il faudrait être technicien pour avoir le droit d’essayer.
Ils ont des attentes pratico-pratiques. Quelle plateforme utiliser pour trouver des informations fiables ? À quoi sert ce bouton ? Est-ce que j’utilise bien cet outil ? Comment améliorer ma photo de profil ? Les questions sont concrètes, immédiates, et souvent très éloignées de la stratégie. Elles disent une chose : avant de piloter, ces dircoms veulent savoir conduire.
Ils arrivent avec une lettre au Père Noël. Un mentor IA personnel, un CoDir virtuel pour tester ses idées, l’automatisation des relations presse ou de la veille sectorielle, des réponses rapides et justes aux journalistes. Certains de ces souhaits sont réalisables en une séance. D’autres sont des impasses. Le tri fait partie du travail.
Ce que cela m’a fait réfléchir
Me voilà donc occupée à montrer comment se servir des plateformes et réaliser des tâches de manière autonome, plutôt qu’à dessiner des feuilles de route. Au début, cela m’a déstabilisée. Puis j’ai compris que c’était exactement la bonne séquence.
Ces dircoms choisissent de se retrousser les manches et d’expérimenter l’IA à leur échelle avant d’imposer quoi que ce soit à leurs équipes. Ils veulent juger sur pièce. Ils ont raison. Un dirigeant qui a lui-même construit un assistant, corrigé une hallucination et mesuré un gain de temps réel parle de l’IA à son équipe et à son Comex avec une autorité qu’aucune présentation ne donne.
La demande que je n’attendais pas
Je me réjouis aussi d’une demande forte, presque unanime : se forger des repères éthiques et stratégiques. L’impact environnemental des usages. La protection des données de l’entreprise et des collaborateurs. La fiabilité des informations produites. L’impact sur les métiers de la communication à deux, cinq et dix ans.
Ces questions arrivent très tôt dans l’accompagnement, souvent dès la deuxième séance. Elles ne sont pas un supplément d’âme, elles sont la condition pour que la dircom se sente légitime à porter le sujet. On ne défend pas devant un Comex un outil dont on ne sait pas mesurer les risques.
Ce que j’en retiens
Dans un monde de vendeurs de baguettes magiques, le dircom qui prend le temps de comprendre et de tester l’IA fait le choix le moins spectaculaire et le plus solide. Ses équipes lui diront merci : elles hériteront d’un cadre pensé par quelqu’un qui a mis les mains dedans, pas d’une injonction venue d’en haut.
Et moi, j’ai ajusté mon offre : moins de stratégie descendante, plus de pratique sur les vrais dossiers, et des repères éthiques dès le départ. C’est le suivi dont j’aurais rêvé quand j’étais dircom.