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Articles · Sobriété numérique, Opinion

L’IA n’est pas un buffet à volonté

Limites d’usage, publicité, tokens comptés : l’économie réelle de l’IA arrive dans nos vies. C’est une bonne nouvelle, parce qu’elle remet chaque requête à sa juste place, en coût comme en empreinte.

Par Cécile Carimalo,

Avez-vous vu passer ces posts qui expliquent comment « économiser ses tokens » ? La disparition de certaines plateformes vidéo trop coûteuses à faire tourner ? L’arrivée de la publicité dans les assistants grand public ? Votre IA vous a-t-elle déjà arrêtée en pleine session avec un « vous avez atteint votre limite quotidienne » ?

L’économie des tokens arrive dans nos vies. On a traité l’IA comme un buffet à volonté. La fête est finie, et je crois que c’est une bonne nouvelle.

Ce que le buffet nous cachait

L’IA n’a jamais été gratuite. Elle consomme des ressources considérables en électricité, en eau pour refroidir les centres de données, en métaux et en infrastructures. Pendant deux ans, les acteurs du secteur ont absorbé ce coût pour conquérir des usages. Nous nous sommes resservis sans compter : des dizaines de variantes d’un même visuel, des conversations de trois heures pour un paragraphe, des « starter packs », des portraits façon studio d’animation et des deepfakes fantaisistes.

Aujourd’hui le coût réel remonte à la surface. Les limites d’usage se resserrent, les abonnements montent, les modèles les plus puissants se paient. Chacun va devoir réfléchir davantage avant de solliciter une IA. Pas parce que j’aime payer plus, mais parce que cela remet les choses à leur place : chaque action réalisée par une IA a un coût, financier et écologique. Il était temps que chacun le réalise.

Mesurer avant de juger

On peut désormais chiffrer ce coût, et c’est un outil français gratuit qui le permet. EcoLogits Calculator, porté par l’association GenAI Impact, incubée chez Data for Good, estime l’empreinte d’une requête selon le modèle utilisé et la longueur de la demande : CO₂, énergie, eau, ressources abiotiques. L’outil ne couvre que les usages texte, les fournisseurs n’ayant pas publié de données sur l’image et la vidéo, mais il suffit à se faire une idée, et à la partager avec une équipe.

Je fais l’exercice avec les communicants que j’accompagne. Il produit toujours le même effet : on ne renonce pas à l’IA, on cesse de la gaspiller.

En entreprise, vos choix ne sont pas neutres

Le sujet dépasse la conscience individuelle. Vos choix d’outils, vos automatisations, la fréquence de vos requêtes, la taille des documents que vous chargez, le modèle que vous sélectionnez par défaut : tout cela a un coût pour l’entreprise et pour la planète. Une automatisation qui tourne toutes les heures pour un résultat lu une fois par semaine est un gaspillage, quelle que soit sa sophistication.

Quelques réflexes qui font une vraie différence au quotidien, sans rien perdre en qualité :

  • Choisir le bon modèle. La plupart des tâches courantes n’ont pas besoin du modèle le plus puissant. Un modèle léger relit, résume et reformule très bien.
  • Éditer plutôt qu’empiler. Modifier son message initial au lieu de relancer dix fois : chaque nouvelle réponse relit toute la conversation depuis le début.
  • Se méfier des PDF. Un document de cinquante pages chargé à chaque conversation coûte très cher. Extraire le texte une fois et le réutiliser divise la consommation par deux.
  • Désactiver les connecteurs inutiles. Chaque service relié à l’IA charge ses définitions à chaque échange, même quand on ne s’en sert pas.
  • Demander court quand c’est pertinent. « Réponds en trois lignes » est une consigne parfaitement légitime.

Réfléchir avant d’agir

Rien de tout cela ne veut dire qu’il ne faut pas utiliser l’IA. Il s’agit d’un retour au bon sens : réfléchir avant de lancer une requête, donner du temps et de la valeur à ce que l’on demande, ne pas céder à la futilité. C’est d’ailleurs exactement la posture qui produit les meilleurs résultats : une demande pensée obtient une réponse utile, une demande jetée obtient du remplissage.

Au buffet, on se ressert sans compter. À la carte, on choisit la qualité.

Combien de vos requêtes de la semaine passée auraient mérité d’être commandées à la carte ?

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