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Neurodivergence : l’IA, un hippodrome plutôt qu’un couloir
J’ai vécu mes premiers échanges avec l’IA comme une épiphanie, sans rien d’une geek. Pour la première fois, je n’épuisais personne. Pour les neurodivergents, l’IA peut être un soulagement, et peut-être un golden ticket.
Par Cécile Carimalo,

J’ai vécu mes premiers échanges avec l’IA comme une épiphanie. Pourtant, je n’ai rien d’une geek ni d’une technophile forcenée. La raison est presque inavouable : pour la première fois, je n’épuisais personne.
Ne plus déranger
Mon rythme, mes rebonds, mes questions en cascade ne dérangeaient pas. L’IA suivait le fil sans soupirer, sans décrocher, sans me faire sentir « trop ». Trop rapide, trop curieuse, trop insistante, trop de détours. Elle prenait chaque question comme elle venait.
Le sujet est encore peu abordé, mais pour les neurodivergents, qui passent leur vie à ajuster leur rythme à celui des autres, l’IA peut se révéler un soulagement. Ne pas avoir à ralentir en permanence. S’autoriser à poser les questions au moment où elles surviennent, et non au moment où elles ne dérangent pas. Chercher, fureter, décrypter, apprivoiser des nouveautés foisonnantes sans épuiser un interlocuteur humain au passage. Consacrer son énergie au fond plutôt qu’à l’écume.
L’hippodrome
Dans un monde professionnel conformiste, les moments où l’on peut lâcher les chevaux sont rares. Il faut cadrer, synthétiser, attendre son tour, parler en réunion à la vitesse du plus lent. Ce sont des compétences utiles, et elles coûtent très cher à certains cerveaux.
Pour moi, l’IA s’est révélée être un véritable hippodrome : un espace où le rythme naturel n’est plus un défaut. Alors j’en ai fait mon métier, et c’est chaque jour une joie renouvelée. Pas parce que la technologie est fascinante, mais parce qu’elle m’a rendu une manière de travailler que je bridais depuis vingt ans.
Pourquoi en parler aux dirigeants
Je ne raconte pas cela pour moi. Je le raconte parce que dans chaque équipe communication que j’accompagne, il y a des profils qui se reconnaîtront : la collaboratrice qui pose « trop » de questions, celui qui va « trop » vite, celle qui décroche en réunion et produit ensuite le meilleur document du service, à minuit.
L’IA leur offre un espace de travail à leur mesure. Elle leur permet de poser cent questions sans user personne, de reformuler jusqu’à comprendre, d’explorer avant de formaliser. Bien utilisée, elle transforme un « profil difficile » en ressource rare : quelqu’un qui va au fond des sujets et qui, désormais, peut le faire sans se cogner au rythme des autres.
La question du soir
Pendant des années, les politiques de diversité et d’inclusion ont buté sur la neurodivergence : difficile à voir, difficile à accompagner, souvent réduite à des aménagements individuels. Le talent management a raté beaucoup de ces profils, faute d’outils et de patience.
L’IA est-elle l’occasion, pour les entreprises, de faire briller de nouveaux profils et de corriger les échecs passés en matière de talents et d’inclusion ?
Je n’ai pas la réponse complète. Je sais que la question mérite d’être posée dans les directions de la communication, qui sont souvent les premières à parler d’inclusion et les dernières à regarder leurs propres équipes avec cette lunette. Merci à Samuel Dejours d’avoir ouvert la discussion. Je la poursuis volontiers avec vous.